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Ne pas savoir

 

C’est la première leçon, la plus importante et la plus difficile de toutes : « ne pas savoir », avoir l’humilité de reconnaître qu’on ne sait pas.

Je me souviens de cette fameuse réforme des rythmes scolaires. Mon dieu que ça discutaillait. On avait lâché les fauves sur ce problème – les plus sachants des sachants. Ça a dû coûter un fric !!! Pour quel résultat ?

Aucun d’eux n’est allé questionner quelques élèves, vous savez, les derniers de la classe, pour leur demander comment on se sent quand on ne comprend pas, qu’on patauge, etc. Juste quelques questions toutes bêtes – ça fait quoi d’être un dernier ??? Peut-être qu’ils auraient obtenu une donnée, une bonne grosse donnée importante. Non, pas un truc compliqué sur le cerveau, mais une donnée simple, humaine : comment on se sent quand on est dernier ?

Je vous ai parlé dans un article d’une échelle de valeur ou d’importance des données. Sur une graduation de 0 à 100, ce problème et ses données étaient probablement situés aux alentours de 1 ou de 5 – extrêmement peu important par rapport au problème général.

Leur défaut principal ? Ils sont tellement diplômés, ils savent tellement de trucs tous plus compliquées les uns que les autres qu’ils en oublient une simplicité : il y a des choses qu’ils ne savent pas.

Si je donnais un cours de Logique, je commencerais par cet exercice tout bête : J’enverrais mes élèves se balader dans une rue peuplée à regarder les gens. Il s’agirait simplement d’observer les gens et de se poser la question : « Qu’est-ce que je ne sais pas sur cette personne ? » Pourquoi ? Parce que les données importantes se trouvent là, dans cette invisibilité qu’est l’univers de la personne – pas son cerveau, juste son univers, sa vie, sa pensée. Faites-le, vous verrez. Regardez les gens. Vous ne savez rien d’eux. Vous voyez juste des corps qui bougent.

Vous observez une classe. Vous voyez le professeur expliquant sa leçon et vous voyez les élèves. Il enseigne et ils écoutent, selon toute apparence. Les données observées semblent suffisantes. Eh non ! vous avez vu une trentaine de corps dont un en train de parler. C’est tout ce que vous savez. Oui, ce sont des données, mais elles n’ont aucune valeur d’analyse. La première chose à reconnaître, c’est que vous ne savez rien.

L’erreur la plus commune, quand on essaie de corriger l’Éducation nationale, est d’essayer de corriger ce que les « spécialistes » pensent qui cloche – ou ce que les politiciens leur disent qui cloche. Ils croient savoir parce qu’ils ont déjà beaucoup de savoir. C’est vrai qu’ils ont énormément de savoir ces spécialistes, mais ils oublient que lorsqu’ils abordent un sujet complexe, ils doivent partir de rien. Même si une autorité politique ou administrative leur demande une solution pour tel problème dans l’école publique, ils devraient mener leurs propres investigations.

Pourquoi ? Parce que le problème à résoudre n’est pas le problème. Il est le résultat de « solutions » passées  de fausses solutions. Ces « solutions » devaient résoudre un problème antérieur lequel n’était causé que par de fausses solutions à des problèmes antérieurs et dieu sait ce que vous allez trouver à la base de cet enchaînement, probablement une énormité de stupidité.

C’est pour cette raison que lorsque vous abordez un tel problème, vous devez oublier ce que vous croyez savoir. VOUS NE SAVEZ PAS !! C’est la meilleure attitude pour investiguer.

Collaborateur(s) de cette page: christin et Trenty .
Page dernièrement modifiée le Samedi juillet 28, 2018 09:31:02 CEST par christin.