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Les émotions

 

Les émotions font partie intégrante de la cognition

 

L’impact des émotions sur l’ADN


Par Nathalie Zammatteo le 07/09 à Metz, notes de conférence en écho à son livre sur le sujet

 

a) Qu’est-ce que l’épigénétique?

==> Chez les abeilles: l’ADN des abeilles “soeurs” est strictement le même. C’est l’alimentation (gelée royale) qui va conférer à la reine ses caractéristiques en activant environ 500 gènes différemment des ouvrières.

Il y a le gène lui-même et l’expression du gène, ce sont deux choses bien distinctes. Un même gène peut s’exprimer de plusieurs manières différentes = épigénétique.

==> Analogie avec la musique: l’ADN est l’instrument de musique, l’expression du gène est la mélodie. Chaque gène va produire une protéine spécifique.

==> Analogie du livre de cuisine: le gène est la recette de cuisine. Si on a accès à la recette, on va pouvoir produire le plat (la protéine). Si on n’a pas accès à la recette de cuisine (page collée), on ne va pas pouvoir produire le plat (la protéine). Si la recette comprend une erreur, on va produire un plat différent: ici c’est ce qui se passe avec la mutation génétique (gène modifié), comme il y a une erreur dans le gène on produit une protéine différente de celle qu’il faudrait. C’est différent de l’épigénétique: on produit la bonne protéine ou on ne la produit pas.

En simplifiant on peut parler d’interrupteurs à gènes (allumé ou éteint):

- Génome humain: 20.000 gènes environ

- Epigénome humain: 4.000.000 d’interrupteurs à gènes environ

==> Le processus de synthèse de la protéine peut être interrompu à 2 niveaux, soit lors de la première phase (ADN => ARNm = transduction), soit dans la 2° phase (ARNm => Protéine = traduction).

 

Epigénétique et développement humain:

Les travaux les plus récents de l’épigénétique ont révélé que, dans le processus de maturation du cerveau, l’environnement du tout petit enfant et la qualité de son vécu quotidien avaient une influence non seulement sur sa santé mais sur l’expression même de ses gènes. Plus précisément, si les gènes déterminent le moment auquel se forment certains circuits cérébraux spécifiques, c’est l’expérience (qualité de l’alimentation, de l’attachement, de l’encadrement pédagogique, de l’activité physique...) qui détermine leur formation proprement dite (Pianta, Nimetz et Bennett, 1997 ; Meaney, 2001 ; Reis, Collins et Berscheid, 2008). Le tout petit enfant est donc autant le fruit de son épigénétique que de son patrimoine génétique.


b) Le stress

Le stress est une réaction biologique de survie face à une menace: Adrénaline et cortisol sont mobilisés pour être en mesure d’agir. Nous ne sommes pas du tout égaux vis à vis du stress. Et il y a une influence énorme de l’âge. La période de très grande fragilité (sensibilité au stress) sont les 1000 premiers jours de la vie, vie intra-utérine incluse. De nos jours et dans nos cultures on estime que seules 10% des réactions de stress biologique sont déclenchées par des stimuli externes “réels” (situations stressantes, danger...) et 90% par des stimuli internes (pensées, croyances, ruminations...).

Mickael Meaney est un pionnier des recherches sur le sujet de l’impact du type de soins apporté au nouveau né, comment cela se répercute sur les comportements et réactions de stress par la suite ==> Exemple du gène dit “RC” qui, s’il s’exprime bien régule le stress en faisant baisser le niveau de cortisol. En cas de “soin inadapté” durant la petit enfance, ce gène serait inhibé.

Bruce McEwen a notamment étudier la synthèse de la protéine BDNF vitale pour la croissance neuronale, et l’impact du stress sur la synthèse de cette protéine.

Patrick McGowan et  ses  partenaires  ont  démontré  que  les  individus  qui  se  sont  suicidés  et  qui  avaient  été  abusés  ou  négligés  en  début  de  vie  démontraient  des  signes  de  méthylation  dans  un  gène  appelé  GR  (codant  pour  le  récepteur aux glucocorticoïdes), qui était de ce fait  essentiellement  inactivé.  Cette  condition  n’était  pas  présente  chez  les  individus  qui  se  sont suicidés mais qui n’avaient pas été abusés ou négligés en début de vie, ou chez les individus qui sont décédés d’autres causes. Puisque le  gène  GR  régule  le  glucocorticoïde,  une  hormone du stress, les individus dont le gène GR est inactif peuvent être moins aptes à gérer le stress. L’épigénétique change notre façon de voir les troubles psychiques et mentaux.


Les modes de “transmission” épigénétiques principaux à l’enfant:   

- Les enfants naissent hypersensibles au stress: Plus les personnes qui l’entourent vont apporter un soin adapté, plus les gènes permettant la régumation vont s’activer   

- Transmission par l’ADN germinal: Expériences avec souris mâles conditionnées pour avoir peur d’une odeur, fécondées avec des femelles non exposées à l’odeur ==> Petits sensibles à l’odeur   

Ariane Giacobino s’intéresse à ce dernier mode de transmission chez l’Homme, elle a pu montré que le gène NR3C1 peut être inactivé jusqu’à 3 générations (étude sur cas d’inceste et sur descendants de survivants à l’Holocauste).

Le gène n’étant pas affecté lui-même, mais seulement l’expression du gène, c’est donc réversible.


c) En pratique: Plusieurs principes fondamentaux

- La plasticité cérébrale est basée sur la répétition, répéter un comportement est une des clés du changement, principe utilisé en Mindfulness MBSE et en TCC par exemple.

- La bienveillance: Permet la sécrétion d’ocytocine hormone de l’attachement et du lien social, elle est activée par les contacts physiques doux (calins...), par les interactions harmonieuses (conversations, regard...), par le soleil, un bain chaud, la méditation, la cohérence cardiaque etc... Le stress inhibe l’ocytocine. Le regard active les neurones miroirs et la sécrétion d’ocytocine. Activation du parasympathique (régule les émotions, apaise, aide à se concentrer et à penser), augmentation de la sécrétion du BDNF protéine vitale pour le développement du cerveau.


d) En conclusion: 

L’ADN est contrôlé par des signaux provenant de l’extérieur de la cellule, dans son environnement. Ces signaux sont notamment liés au stress que nous vivons et à la manière dont nous pouvons le réguler. L’épigénétique agit comme un modulateur entre ce qui est stable (les gènes) et ce qui est mouvant (l’environnement).

La colère


Par le Eric Binet, le 06/09/2019 à Metz

 

En préambule les images du dessin animé Vice et Versa, lorsqu’ils présentent l’émotion de colère:

==> Emotion très mal présentée d’une part parce que ce n’est pas la colère qui est représentée mais de l’agressivité, d’autre part car le personnage est masculin (renforcement des stéréotypes du type “une fille ne se met pas en colère”)

Dans nos cultures, nous avons quasiment tous intégrés des souvenirs de colère comme étant associés à de la violence, nous n’avons que très peu d’exemples de colère non associée à de la violence verbale ou physique. Or il s’agit d’une émotion essentielle. Tout d’abord pour la survie:   

- C’est un moyen de communication avec autrui   

- C’est un moyen de se préparer à l’action   

- C’est un moyen de s’affirmer

La colère mobilise dans le corps un afflux d’énergie, une force qui vise à faire respecter ses limites. Il s’agit d’une stratégie d’intimidation sur autrui pour ne pas se laisser marcher dessus ou attaquer, pour défendre un territoire réel (notre corps, nos affaires, nos proches), ou un territoire symbolique (système de valeurs).


La colère NE FAIT PAS appel à la violence, elle sert à exprimer sa force: c’est un cadeau de la nature, elle sert à éviter un combat ou fuir un danger (stratégie d’initimidation). On apprend aux petites filles à être gentilles, ainsi elles perdent leur meilleur système de protection qu’elles avaient à disposition de manière instinctive. Elle est la base de la confiance en soi et de l’affirmation de soi.

C’est le JE: “je mérite d’exister tel que je suis” (à ne pas confondre avec l’ego). Vouloir l’éliminer c’est perdre ses forces, risquer de ne plus pouvoir se défendre en cas de menace, risquer de ne plus être en mesure de défendre ses besoins.

La colère est déjà ressentie par le bébé in utéro. C’est une réaction de tout l’organisme après un stimulus qui la déclenche: elle active un système d’aversion mais aussi un système de plaisir (satisfaction d’avoir pu faire respecter ses limites et faire fuir le danger). Elle provoque des modifications physiologiques notamment sur toute la moitié haute du corps, essentiellement dans les mains et la mâchoire.

En cas d’hypoactivation de la colère, on observe des réactions  de résignation, de renoncement voire de dépression.

En cas d’hyperactivation de la colère des réactions de fuite, impulsivité voire d’attaque.


- Etats caractéristiques courants des personnes en hypoactivation de la colère:

Calme, Passif, Indulgent, Indifférent, Non dominant, Apathique, Econome, Peu orienté vers un but, Distrait / inattentif    

- Etats caractéristiques courants des personnes en hyperactivation de la colère:

Irritable, Agressif, Rancunier, Impulsif (appétence), Dominant, Passionné, Extravagant, Brusque, Orienté vers un but, Concentré / attentif    

- Quand la colère est mal régulée:

Dépit, irritabilité, énervement, impatience, ruminations, mauvaise humeur, exaspération, hostilité, emportement, rage, fureur    

 

La colère a un impact très important sur notre vie. Elle modifie également nos pensées. Elle peut être mal dirigée: contre soi, contre l’autre, contre le monde entier.

Il faut distinguer, notamment chez l’enfant la colère émotionnelle (la “vraie” colère dont on parle ici) de la colère de manipulation: Pendant une colère émotionnelle un enfant ne peut ni parler ni écouter. Au contraire lors d’une colère de manipulation il gère très bien ce qui se passe.

On peut faire un lien entre la colère et les TCA (Troubles du Comportement Alimentaire): Les TCA gèrent assez mal la colère émotionnelle. Dans les cas de harcèlement, les victimes rencontrent très majoritairement une hypoactivation de la colère.

Cette émotion est directement reliée à tous les facteurs de stress qu’on peut rencontrer dans sa vie.

Dans notre culture les gens s’excusent toujours de pleurer (“excusez-moi”), preuve que l’on a intégré un système d’interdiction des pleurs. Or les pleurs permettent de “vider le réservoir” des émotions. Si on ne pleure jamais, on va avoir tendance à vider par une colère dévoyée (agressivité).


Comment faire?

Il s’agit d’un apprentissage, d’une compétence acquise. D’abord conscientiser la colère émotionnelle ressentie, la percevoir, repérer les signaux corporels. Et la mettre en lien avec l’expérience vécue. Si l’adulte sait réguler correctement son émotion colère il va générer une auto-régulation chez l’enfant (apprentissage vicariant). Crier renforce la colère et la peur de l’enfant. C’est bien notre comportement qui influence celui de l’enfant.

“La colère, c’est comme l’électricité, c’est utile et puissant si on l’emploie intelligemment, mais cela peut être tout aussi fatal et destructeur si on l’utilise mal.” Gandhi.

 

Bibliographie

 

Thich Nhât Hanh: “La colère, transformer son énergie en sagesse” 

Isabelle Filliozat, ” Que se passe-t-il en moi? Comment vivre ses émotions “, ed Marabout, 301 p.

Antonio R. Damasio, “Spinoza avait raison”

Joseph LeDoux, “Le cerveau des émotions”

 

Vidéos

 

Tedx Susan David - Le don et le pouvoir du courage émotionnel

 

Collaborateur(s) de cette page: belette , Anne-35 et Trenty .
Page dernièrement modifiée le Lundi 25 novembre, 2019 16:07:43 CET par belette.